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LE PRIX D'ARCHITECTURES 10 + 1

Le Prix d’architectures 10+1 distingue onze réalisations construites en France depuis une année. L’une d’elle reçoit le Grand Prix d’architectures.

Le jury choisit les réalisations les plus exemplaires dont les réponses lui paraissent les plus représentatives des enjeux architecturaux actuels. Il n’y a pas de catégories ; le choix se fait indépendamment du programme ou de la taille.

Les réalisations retenues doivent impérativement avoir été visitées par la majorité des membres du jury. L’inscription est gratuite.

Découvrez les 10 + 1 lauréats de l’édition 2020 !

Les prix ont été remis le 17 septembre au Centre Georges-Pompidou à Paris.

Découvrez les 30 réalisations sélectionnées de l'édition 2020 !

Découvrez les 10 + 1 lauréats de l’édition 2019 !

 

UN PRIX ! POUR QUOI FAIRE ?

Par Emmanuel Caille

Les prix suscitent par nature des comportements qui en font un petit théâtre des vanités. Libre à ceux qui les organisent d’en faire quelque chose de plus ambitieux. Cet objectif est en tout cas celui qui nous anime depuis la création du Prix d’architectures 10+1 l’année dernière et nous espérons que cette deuxième édition, dont les lauréats ont reçu leur distinction le 17 septembre 2020 au Centre Georges-Pompidou, assoira encore davantage sa légitimité. Depuis des mois, nous avons passé des journées entières à visiter des bâtiments et des heures à débattre : le temps d’un jury, en plusieurs étapes, doit surtout être celui de la réflexion et de la remise en cause de ses propres jugements. Composé de critiques ou de journalistes souvent auteurs réguliers de la rédaction de d’a, le jury du Prix d’architectures 10+1 rassemble des points de vue parfois très opposés. Au-delà des critères qui font consensus – qualités d’usage, rigueur constructive, dialogue fécond avec le site, pertinence budgétaire… –, certains privilégient la virtuosité spatiale, d’autres la manière dont les projets interrogent la discipline par leur inscription dans son continuum historique, d’autres encore s’interrogent sur leur capacité à jouer un rôle social ou à répondre aux bouleversements des conditions de production, que ce soit l’inexorable déclin des savoir-faire des entreprises ou la haute technicité numérique qui s’impose désormais.

La plupart des réalisations sélectionnées ont déjà fait l’objet d’une critique dans d’a. Mais même en s’imposant le maximum d’objectivité, leurs auteurs analysent les projets selon leur propre grille de lecture. Le jury offre alors une nouvelle opportunité de confronter les regards et de rebattre les cartes. Et au-delà des divergences de chacun, ce que les débats tentent de faire émerger, ce sont les projets qui, par leur présence, produisent un moment proprement architectural.

Cela peut paraître – à tort – provocant, mais les réalisations primées ne sont pas forcément pour le jury les « meilleurs bâtiments ». Il existe en France beaucoup de réalisations remarquables, rigoureusement mises en œuvre, répondant avec justesse au programme, aux usages auxquels elles sont destinées. Les réalisations que nous avons retenues ont bien sûr aussi toutes ces qualités. Mais ce qui nous a conduits à les distinguer est souvent leur capacité à faire bouger les lignes, à nous remettre en question autant comme architectes que comme critiques. C’est aussi leur aptitude à renouveler les réponses aux enjeux auxquels les pratiques actuelles ne paraissent pas offrir des solutions suffisamment pertinentes. André Tavares, président de notre jury l’année dernière, écrivait très justement que « le prix forme un triangle entre le public, la critique et la production architecturale, et cette triangulation, garantie d’un champ en mouvement, active la dynamique des idées, des formes, des techniques et de la pensée ».

Les réalisations choisies peuvent être de natures extrêmement diverses par leur programme, leur taille ou leur budget mais aussi par l’esthétique qu’elles développent. Quatre opérations de logements sociaux ont par exemple été primées cette année, chacune très différente et pourtant innovante à sa manière, que ce soit en cassant les conventions du modèle dominant (Sophie Delhay) ou en réinterprétant complètement un modèle délaissé (Abinal & Ropars). Mais pour ce prix 2020, nous avons voulu mettre en valeur ce qui nous paraît être un des défis majeurs à venir : est-il encore possible d’endiguer l’implacable dégradation des territoires ruraux, ces territoires depuis longtemps complètement abandonnés de l’architecture ? Cette destruction, souvent irréversible, est une catastrophe aussi patrimoniale qu’économique. Heureusement, une nouvelle génération d’architectes a eu le courage de s’y intéresser, d’aller au-devant d’une commande qu’il leur a fallu inventer ou susciter, là ou personne ne les attendait. La transformation d’une grange abandonnée en boulangerie au centre d’un petit bourg de Moselle par l’agence Gens est parfaitement emblématique de ce combat, mais c’est l’Atelier du Rouget, qu’anime Simon Teyssou, qui est sans doute la figure majeure de ce renouveau. Un lent et patient travail d’acculturation des édiles locaux, une architecture aussi savante que rigoureuse et la mise en œuvre de pratiques vertueuses notamment dans l’emploi de matériaux locaux lui ont permis de réaliser des opérations exemplaires, comme cet aménagement de Mandailles-Saint-Julien pour lequel il a été couronné du Grand Prix d’architectures 2020. Alors, si ce prix pouvait, par les pratiques qu’il met à l’honneur, susciter des vocations et faire prendre conscience que les territoires ruraux peuvent aussi être sauvés par l’architecture, notre ambition n’aura pas été vaine.

 

 

© Franck Dejardin

 

FAIRE BOUGER LES LIGNES

Par André Tavares, président du jury du Prix d’architectures 2019

À quoi sert un prix d’architecture au-delà de la gloire ou de la vanité de celui qui le reçoit ? L’attribution d’un prix attire l’attention du public sur un évènement exceptionnel qui, à l’inverse d’une performance sportive, repose sur la subjectivité d’un choix par un jury. Le projet primé n’est pas le plus performant, mais celui qui, à un moment donné, suscite le dialogue le plus fructueux. Lorsqu’une revue qui se veut engagée dans l’affirmation d’une discipline à la fois technique et intellectuelle, décerne un prix  de la critique celui-ci a valeur d’exemple. Mais quel message envoient les critiques lorsqu’ils nous disent qu’une réalisation est exemplaire, voir nécessaire, à la pratique architecturale ? La réponse est venue dès le début des débats du jury : distinguer une architecture qui « fait bouger les lignes », qui ne se contente pas de présenter des réponses précises, mais qui suggère plutôt d’énoncer les incertitudes du présent et les stratégies à mettre en place face aux enjeux du futur. Ces catégories sont instables. Les architectes en ont parfois conscience mais sans toujours parvenir à les formuler concrètement. Le rôle des critiques est justement de mettre à jour ces catégories en essayant de traduire la pratique des architectes en des termes qui pourront être partagés au-delà de la discipline. Le prix devient un exercice de reconnaissance mutuelle : d’un côté les architectes se présentent aux yeux des acteurs de leur champ, de l’autre, les critiques, en distinguant des exemples forts, clarifient les positions. Le prix forme un triangle entre le public, la critique et la production architecturale, et cette triangulation, garantie d’un champ en mouvement, active la dynamique des idées, des formes, des techniques et de la pensée.

Au-delà du Grand Prix d’architectures, le palmarès des 10 + 1 projets primés met en évidence l’ampleur et les limites de la critique elle-même. Reflet des réalisations architecturales souvent déjà publiées sur les divers supports de presse, l’ensemble du palmarès présente une version plutôt homogène de la pratique architecturale en France. La valeur du prix de la critique tient à ce qu’il devient lui-même une critique de la critique. A l’évidence, même s’il l’assume, certaines choses ont échappé au jury du premier Prix d’architectures. Où sont les projets d’espace public Qu’en est-il de l’aménagement du territoire, des projets paysagers, de la conservation patrimoniale plus stricte, de l’engagement social et des projets de transformation participative ? Le vingt-et-unième siècle voit pourtant s’ouvrir la pratique architecturale au-delà d’une vision assez stricte du projet de bâtiment. Cette perspective ouverte n’est pas présente dans le palmarès, sans doute doit-on y voir un reflet des dynamiques économiques du champ disciplinaire et professionnel. En effet, pour mener un bureau d’architecture il faut bien avoir des commandes, assurer les rapports avec les maitres d’ouvrage, les fournisseurs de matériaux et les entreprises de construction. C’est cette économie qui finance le travail d’une revue telle que d’architectures. Ses pages décrivent une pratique plutôt stable et établie. Faudra-t-il aussi faire bouger les lignes de la presse architecturale ? Ou est-elle condamnée à conforter la pratique de la construction de bâtiments, qui certes reste dans la transformation des paysages et du quotidien ?

Le palmarès du prix d’a reflète une grande diversité d’approches et la possibilité de produire des bâtiments très raffinés avec des moyens techniques variables et des budgets souvent limités et parfois très généreux. Parmi cette diversité, on peut entrevoir deux formes d’action professionnelle : l’intelligence technique comme vecteur d’une approche logique et d’une maitrise systématique du bâti (Nouvet, Bast, Bruther, CAB, Hbaat, Kerez) ; et l’invention typologique pour aboutir à des résultats originaux et capables de dépasser l’ordinaire (51N4E, Bourbouze& Graindorge, Herzog & de Meuron, OMA, Scaranello, Lapierre). Le Grand Prix d’architectures se place plutôt à l’intersection de ces deux axes, s’appuyant sur une approche intellectuelle très élaborée — qui va de la citation littéraire et cinématographique à l’expérimentation technique sur le béton armée. La résidence pour étudiants Chris Marker se présente comme un bâtiment banal: chambres rangées en lignes continues, façades régulières, résolutions techniques apparemment simples et logiques, voire rationnelles. Sauf que derrière chaque intention, semble malicieusement se cacher son opposé. C’est ainsi que de ce bâtiment, aussi sévère que satisfaisant, émerge de la joie et de la surprise : la possibilité d’une expérience du monde enrichie d’une dynamique intense entre le corps et la matière. On peut marcher sur presque cent mètres en ligne droite par un seul escalier; traverser une série d’espaces collectifs, tantôt intimes et conviviaux, tantôt épanouis dans un vertige piranésien ; trouver des intersections spatiales prolongés à l’infini ; voir les couleurs varier selon ceux qui y habitent, où selon l’humeur du ciel ; découvrir l’ascenseur funiculaire qui, au-delà de la performance technique, permet de casser la monotonie de la façade. Bref, le bâtiment propose à qui l’utilise une expérience continue de subtilités, sans pour autant lui imposer l’intensité de ses contradictions assumées.

À la résidence Chris Marker, le jeu kaléidoscopique des références et la maitrise implacable d’un projet d’une telle complexité nous rappellent que l’architecture est loin d’être une discipline épuisée. Cette vitalité, presque gênante, se place au-delà de l’élégance technique ou de l’invention typologique, faisant concrètement bouger les lignes et les limites du raisonnement architectural. Ce n’est peut-être pas la moindre des qualités de ce Grand Prix d’architectures de mettre en scène un jeu de reflets mettant en évidence la possibilité de penser autrement.

 

Jean-Claude Martinez, président de la MAF et Aurélie Reuther (d’a). © Gaston Bergeret

 

« PARTICIPER A LA DIFFUSION DE LA QUALITE ARCHITECTURALE EST ESSENTIEL POUR NOUS »

Propos recueillis par Aurélie Reuther

Lors de la cérémonie de la remise des prix d’architectures 2020 au Centre Georges-Pompidou, nous avons demandé à Jean-Claude Martinez pourquoi il avait désiré soutenir le prix mais aussi quelles premières analyses il pouvait faire de la conjoncture actuelle.

D’a : Jean-Claude Martinez, vous êtes architecte et président de la MAF, la Mutuelle des architectes français. Vous avez dès le départ souhaité soutenir le prix d’architectures 10+1 ; qu’est-ce qui a motivé cet engagement ?

J.-C. M. : Nous soutenons ce prix, car avec votre revue d’architectures, nous avons dans notre ADN un point commun : la passion pour l’architecture. Participer à la diffusion de la qualité architecturale est essentiel pour nous. Ce prix est unique par la rigueur de sa méthodologie : il est gratuit et donc ouvert à tous. De plus, nous qui sommes des hommes de terrain, nous pensons que l’effort que vous faites d’aller visiter chaque bâtiment est fondamental. À la valorisation du travail que font les architectes, nous tenons également à ne pas oublier les bureaux d’études. Nous parlons souvent d’architecture, mais l’architecture sans architectes ni bureaux d’études ne fonctionne pas. C’est donc important de les citer, comme il est important de mentionner les maîtres d’ouvrage et les entreprises. C’est un ensemble de personnes, d’acteurs de la construction, qui font que lorsque l’on passe devant un bâtiment, on ressent une sensation, un plaisir à le regarder. Ce bâtiment est sensible et c’est ce qui fait la qualité de l’architecture. C’est pour toutes ces raisons que nous soutenons le prix d’architectures, car nous sommes la mutuelle des architectes. Une mutuelle des architectes gérée par des architectes en activité, qui connaissent parfaitement la profession mais surtout ses difficultés.

D’a : Les architectes sont inquiets en raison de la crise sanitaire que nous traversons. Quelle est votre position ?

J.-C. M. : Notre position, c’est la priorité que nous nous sommes donnée depuis le début de cette crise : aider les architectes. Nous avons mis en place un certain nombre de mesures, et notamment la première qui a été décidée dès le lendemain de l’annonce du confinement, à savoir le report de l’ensemble des cotisations afin que les architectes puissent faire face à leurs engagements. Nous avons également organisé des webinaires de façon à ce que l’on puisse communiquer ensemble et transmettre aux architectes les informations essentielles pour répondre aux difficultés qu’ils pouvaient rencontrer sur les chantiers en raison de la crise. Nous avons instauré en nombre des fiches questions-réponses, toujours sur le même sujet. C’est un service que nous avons souhaité mettre en œuvre pour qu’il y ait une continuité permanente dans nos relations. Nos relations ne sont pas simplement des relations d’assureurs à assurés, ce sont avant tout des relations entre une mutuelle gérée par des architectes et des architectes en activité. Nous nous devons de les soutenir en permanence face aux responsabilités qui sont très importantes pour eux. Aujourd’hui, nous suivons évidemment les effets de la crise. Nous voyons quelques entreprises d’architecture qui ont des difficultés, mais nous voyons également que beaucoup d’entre elles tiennent, résistent et s’adaptent à cette nouvelle situation. Notre pôle d’observation est important, et nous le faisons avec l’ensemble des partenaires de la profession que sont les syndicats, les ordres et le ministère.

10+1 prix décernés par un jury du magazine d'a

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